mercredi 3 novembre 2010

Le juge d'instruction français, Marc Trévidic, près de Kigali, le 16 septembre 2010.

Le juge d'instruction français, Marc Trévidic, près de Kigali, le 16 septembre 2010. 
C'est l'enquête de la dernière chance. Celle qui peut établir la vérité sur un drame jamais éclairci depuis seize ans, ou bien se heurter, une fois de plus, aux raisons d'Etat. Aussi étonnant que cela paraisse, aucune investigation matérielle n'a jamais été menée par la justice sur le crash de l'avion du président rwandais qui, le 6 avril 1994, a donné le signal du génocide d ont ont été victimes 800 000 personnes, des Tutsi et des Hutu modérés. 
Pour la première fois, un juge d'instruction français vient de passer une semaine à Kigali accompagné d'une équipe d'experts et d'avocats, pour tenter de faire la lumière sur les tirs de missile qui, en abattant le Falcon 50 du président Juvénal Habyarimana, ont fait basculer le Rwanda dans l'horreur. 
Qui a tiré ? Les extrémistes hutu hostiles au partage du pouvoir avec les Tutsi qu'avait accepté le président Habyarimana ? C'est la thèse du régime actuel du président Paul Kagamé, dominé par les Tutsi. Ou des soldats agissant sur ordre de ce dernier qui, à la tête d'une armée rebelle, cherchaient à s'emparer du pouvoir, comme l'a conclu le juge français Jean-Louis Bruguière en 2006, provoquant la rupture par Kigali des relations diplomatiques avec Paris ? 
Chacune de ces hypothèses renvoie à un lieu de tir : le camp militaire de Kanombe tenu par les Forces armées rwandaises (FAR, loyalistes), qui attesterait de la culpabilité du régime Habyarimana, ou la colline de Masaka où des éléments du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé se seraient infiltrés, selon l'enquête du juge Bruguière. 
"La vérité viendra de la balistique", insiste l'un des protagonistes de ce dossier qui, depuis seize ans, empoisonne le climat entre Paris et Kigali. Cette vérité n'intéresse pas seulement les familles des victimes françaises du crash, qui ont porté plainte. La culpabilité du camp Kagamé, sans faire de l'actuel président le responsable du génocide - qui a des racines anciennes et fut organisé par ses adversaires -, signifierait que le chef de l'Etat a pris le risque d'un massacre de son peuple, pour prendre le pouvoir. 
C'est peu dire que le séjour rwandais du juge parisien Marc Trévidic, du 11 au 18 septembre, marque un tournant dans cette enquête. Son prédécesseur, le juge Bruguière, chargé en 1998 de l'enquête ouverte sur plainte des victimes françaises du crash, ne s'était jamais rendu sur les lieux. Crainte pour sa sécurité et conviction d'une obstruction des autorités rwandaises actuelles, allèguent ses partisans. Parti pris de charger Kagamé pour atténuer la responsabilité de la France, qui soutenait Habyarimana, rétorquent ses contempteurs. 
Fondant ses accusations sur des témoignages convergents, le juge Bruguière avait cru pouvoir se passer d'investigations en terrain rwandais. Mais plusieurs de ses témoins se sont rétractés, rendant plus nécessaire que jamais le recueil de preuves matérielles. Parallèlement, le rétablissement des relations franco-rwandaises à la fin de 2009 a rendu possible un transport sur les lieux, inenvisageable en période de glaciation diplomatique. 
Héritier d'un aussi lourd passé, le juge Trévidic n'a pas le droit à l'erreur. Il a fait en sorte que ses investigations à Kigali, effectuées sous le regard de la justice rwandaise comme le veut la loi, soient incontestables. Il a effectué sa visite en présence d'un avocat des parties civiles françaises et de deux défenseurs des Rwandais mis en cause. Afin d'atténuer le risque d'une future "bataille d'experts", il a aussi accepté la présence à ses côtés d'experts militaires britanniques. 
En 2009, ces derniers, dans un rapport commandité par les autorités rwandaises, ont accrédité la thèse de Kigali incriminant les extrémistes hutu. Selon eux, les preuves matérielles ne sont "plus disponibles". Mais leur travail est contesté car les témoignages contredisant la version gouvernementale ne leur avaient tout simplement pas été communiqués. 
Pour approcher la vérité, le magistrat français s'est fait accompagner de cinq experts, tous civils : un géomètre, un cartographe, un spécialiste des missiles et un autre des explosifs ainsi qu'un formateur spécialisé dans le pilotage des Falcon 50, l'avion en cause. 
A la nuit tombée - le moment du drame -, cet aréopage, escorté par des militaires et accompagné de hauts magistrats rwandais, s'est transporté sur les deux zones possibles de tir. "Nous avons attendu la nuit pour voir passer les avions et vérifier les hypothèses, notamment en étudiant la propagation des sons. Nous avons emmené les témoins de l'époque sur les lieux et les avons interrogés pour confronter leurs dires à la réalité du terrain", raconte l'un des acteurs de cette reconstitution. De multiples relevés GPS et photographiques doivent permettre aux experts de reconstituer en 3D par informatique la trajectoire du Falcon 50 présidentiel. 
Cruciale mais encore inconnue, la position de l'appareil au moment où il a été touché par deux missiles, doit être enfin déterminée. Elle sera croisée avec la localisation des débris toujours présents sur place, afin de déduire le lieu des tirs. 
En parallèle, la position de l'avion au moment de l'impact devrait permettre d'identifier le type de missile utilisé. A son tour, ce renseignement peut aider à identifier le camp du tireur et à déterminer si ce dernier était ou non un professionnel. "Il n'est pas facile d'abattre un avion en vol", insiste un proche de l'enquête. 
Déjà, le transport sur les lieux a permis de disqualifier certains témoins : le lieu où ils disent s'être trouvés ne permet pas physiquement de distinguer les deux zones possibles de tir. 
L'observation d'un champ de papyrus boueux et infesté de serpents a fragilisé le témoignage de celui qui disait s'y être caché. Mais c'est le croisement des conclusions scientifiques avec les témoignages, qui devrait permettre d'éliminer définitivement certaines hypothèses. 
"Les experts ne diront pas qui a fait le coup, nuance une source éclairée. Mais ils détermineront les scénarios les plus probables." Leur copie est attendue d'ici à mars 2011. 
L'équation du crash déclencheur du génocide rwandais n'aura probablement pas été totalement résolue, mais plusieurs de ses innombrables inconnues auront enfin été levées. 
Philippe Bernard Article paru dans l'édition du 03.11.10. 

lundi 7 décembre 2009

SIGNEZ POUR LA CAMPAGNE



jeudi 5 novembre 2009

Le jardin des Justes du Monde de Padoue- 4ème épisode

Traduction francaise par Michela Moroni


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Après l’inauguration, on s’est déplacé dans la partie supérieure du parc, près de la chaussée, et les cérémonies ont commencé. La cérémonie est divisée en quatre phases :

1. un étudiant des écoles de Padoue lit au microphone les motifs des prix;

2. à la fin de la lecture des motifs, le Juste (ou un de ses conjoints) fait un discours aux présents;

3. il découvre ensuite la stèle en son honneur ;

4. et enfin l’étudiant et le Juste plantent l’arbre qui lui est dédié.



La première qui a reçu le prix a été notre Zura Karuhimbi qui, pendant le génocide du Rwanda, insouciante des risques et des menaces qu’elle affrontait en première personne, a caché chez elle plusieurs Rwandais d’ethnie Tutsi, en leur donnant à manger et en les protégeant de la mort sûre à l’œuvre des milices extrémistes Interahamwe. Devant un vaste public, les photographes, les cameramans et la touchée Jacqueline Mukansonera, Zura a découvert la stèle qui lui a été dédiée, a planté son arbre (un olivier) et a parlé aux gens, en touchant les cœurs de tous les présents.



(Suite au prochain épisode)




lundi 2 novembre 2009

Le jardin des Justes du Monde de Padoue- 3ème épisode

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Le mur en fer sépare le Jardin en deux parties : à gauche, une partie plate avec des sculptures en métal et, au fond, un escalier qui mène à la chaussée du Bacchiglione ; à droite, une partie qui monte graduellement jusqu’à cette même chaussée, le long de laquelle on a planté les arbres des Justes.

La cérémonie de 2009 en l'honneur des Justes à été inaugurée sur l’escalier, en présence des insignes de la ville, par le maire M. Flavio Zanonato et par M. le Prof. Giuliano Pisani, et en présence des Justes et de leurs conjoints. On pouvait entendre les chants – diffusés par des haut-parleurs à chaque coin du parc – du Chœur de Voix Blanches Cesare Pollini et du Choeur Iris Ensemble, dirigé par Mme Marina Malavasi, avec l’accompagnement musical d’Alessandro Kirschner. Plusieurs médias étaient présents : outre le blog de Beppe Grillo, il y avait la RAI et la télévision turque DHA.

(Suite au prochain épisode)












Le jardin des Justes du Monde de Padoue- 2ème épisode

.....Ivanka Sukur, une femme qui est restée veuve pendant le siège de Sarajevo, pendant la guerre des Balkans et Elvis, l’enfant qui avait à peine 1 ans et demi (et qui est aujourd’hui un jeune homme de 17 ans), que Ivanka a sauvé d’une mort sûre en 1993 en Bosnie-Herzégovine. Il y avait en outre tous les autres personnages dont je vais vous parler par la suite.
La cérémonie en l’honneur des Justes était prévue pour le dimanche matin à 11h30 environ. Mais, le samedi, on avait convenu avec Filippo Pittarello, qui fait partie de l’équipe de Beppe Grillo, de réaliser une interview pour le blog, devant la basilique de Saint Antoine de Padoue. Ainsi, vers 10 heures, on est allé « devant le Saint » (comme on dit à Padoue) et l’on a fait l’interview, qui sera publiée dans quelques jours sur le blog de Beppe Grillo, le site le plus visité en Italie et le septième site le plus visité du monde! www.beppegrillo.it.

À 11 heures, on est allé au Jardin des Justes, qui se trouve dans la rue Forcellini. Le lieu où se trouve le Jardin des Justes du Monde confine avec une chaussée. Le Jardin va continuer le long de cette chaussée et, en suivant le cours du fleuve Bacchiglione, va arriver à la Mer Adriatique, en créant ainsi un Chemin des Justes. À l’entrée du Jardin, on trouve un mur en fer où ressort l’écriture “On peut toujours dire oui ou non”. De l’autre côté de la rue, on voit le Musée de l’Internement et le Temple de l’Interné Inconnu. Par cette disposition de ces deux monuments, Padoue veut donc rappeler les victimes des lagers et des camps de concentration d’un côté et, de l’autre, les personnes qui, dans l’horreur du génocide, ont fait un choix : ils ont sauvé des vies humaines au lieu de tuer, ils ont dit oui à la non-violence et non à la violence, ils ont dit oui au courage et à la dignité du bien et non à la banalité du mal.














Le jardin des Justes du Monde de Padoue- 1er épisode

Chers amis,

dimanche dernier, le 18 Octobre, moi-même au nom de l'association Peace Culture!, Françoise Kankindi et Eric Wibabara (avec leur petit Alain) pour l'association Bene-Rwanda, avons eu la chance de pouvoir participer à un événement très important et émouvant, organisé par le Jardin des Justes du Monde de Padoue, un parc qui a été créé en 2008 à Padoue, pour rendre honneur aux personnes - les "Justes" - qui se sont opposées aux génocides.

(http://it.wikipedia.org/wiki/Giardino_dei_Giusti_del_Mondo)


Parmi les justes qui ont reçu le prix cette année il y avait Zura Karuhimbi (notre candidate au prix Nobel pour la Paix 2010 avec Yolande Mukagasana et Pierantonio Costa) et Jacqueline Mukansonera, la femme qui a sauvé Yolande pendant le génocide de 1994. Il s'agissait de la deuxième édition cette année.

Dès le samedi après-midi, on a été accueillis par M. le Prof. Giuliano Pisani, responsable de la Municipalité de Padoue pour le Jardin des Justes, celui qui, dès l'an 1999, a imaginé qu'un jour le Jardin des Justes de Padoue aurait pû dévenir une réalité et qui a atteint son but, 9 ans après. Le Prof. Pisani a mis tout le monde à son aise par son accueil chalereux. Le samedi soir, on a dîné au Restaurant Pontecorvo: à la longue table, étaient assis plusieurs personnages (ou conjoints de personnages) que l'on trouve dans les livres d'histoire: Misha Wagner, fils d'Armin Wagner, le Juste Allemand qui a dénoncé par ses photos le génocide des Arméniens au début du siècle; Gunter Burger, conseiller aux Affaires Internationales de la municipalité de Fribourg en Allemagne, qui était là pour recevoir le prix pour la Juste, et Mme Gertrud Luckner qui, pendant les années du nazisme, aida plusieurs Juives à s'échapper de l'Allemagne...


(Suite au prochain épisode)